MOYENS ET INFRASTRUCTURES

L'Institut polaire français Paul Émile Victor (IPEV) est un Groupement d'Intérêt Public (GIP) qui agit comme agence de projections de moyens et de compétences. Son rôle est d'offrir un cadre juridique ainsi que les moyens humains, logistiques, techniques et financiers nécessaires au développement de la recherche française dans les régions polaires. Un des atouts de l’agence est une base scientifique au Spitsberg (station franco-allemande AWIPEV) que l’IPEV a développée en collaboration avec l’Alfred-Wegener-Institut (AWI) pour étudier écologie, géophysique interne, sciences de l’atmosphère, glaciologie et océanographie. Son budget consacré à l’Arctique (1,3 M€/an) soutient actuellement 23 projets. L’Institut, récemment renouvelé pour 12 ans, a confirmé son engagement pour le développement des activités de la communauté scientifique nationale en Arctique.

Les moyens d’observation nationaux se démarquent par des plateformes instrumentales aéroportées et in situ ou satellisés. Les instruments aéroportés comme le radar-lidar RALI ou les instruments de microphysique développés par le Laboratoire de Météorologie Physique (LAMP, Clermont-Ferrand) pour l’étude des nuages et des aérosols, sont une force du parc instrumental français. La communauté française possède 3 avions et des ballons stratosphériques mesurant le transport de polluant, les aérosols et l’ozone mais aussi le transport de masses d’air. L’observation par satellites est fortement utilisée par la communauté pour étudier les glaces de mer et les surfaces englacées, les nuages, la circulation océanique, la production primaire marine. Pour cela les données de différents satellites (ex. Modis, SMOS, MeTOP…) sont répertoriées et valorisées par les recherches arctiques.

Des moyens in situ sont développés par la Division technique de l’INSU : sur plusieurs années, des mesures sont effectuées de façon autonome dans l’atmosphère, l’océan, la glace (ex. Equipex IAOOS et NAOS pour l’utilisation de flotteurs ARGO en Arctique, CLIMCOR pour les archives climatiques et carottages). Des drones sous-marins sont également lancés sous la glace (projets ACOBAR, ACCESS).

La communauté française pilote ou participe à des observatoires propices au développement d’activités dans un contexte régional (ex. SIOS – Svalbard Integrated Artic Observing System, développement du site sibérien en Yakoutie). Des réseaux d’observation couvrent des échelles spatiales locales (ex. OHMI Nunavik - Observatoire Hommes-Milieux International Nunavik) et des échelles plus vastes comme le  réseau Sustaining Arctic Observing Networks  (SAON) qui renforce les activités d’observation d’un bout à l’autre de l’Arctique, en facilitant les partenariats et les synergies entre les activités actuelles d’observation et de gestion de données, le partage et la synthèse de données et d’information. On peut noter également les mesures en Arctique du SNO NDACC-France pour l’étude de la perte d’ozone polaire.

Il existe en France des bases, centres et pôles de données dédiés à l’atmosphère (ICARE), à l’Océan (CORIOLIS), aux sols (SMOS), à la télédétection (CERSAT) donnant accès aux données satellites mais aussi aux services d’observation.

Comme indiqué précédemment, la recherche française se démarque à travers les thématiques du climat, de l’océan, de la glace : les projets développés par la communauté nationale experte en modélisation climatique reflètent cette dynamique. Ces dernières années, les avancées significatives de la communauté des modélisateurs se situent à différents niveaux :

  • le couplage dynamique troposphère-stratosphère et les interactions chimie-climat en Arctique (ex. ESMs d’IPSL et CNRM, LMDz-REPROBUS) implémentés dans des modèles développés au GIEC, à l’OMM ou encore dans les projets internationaux (ex. POLARTCAT)
  • les études couplées de biogéochimie et physique du système océan-glace de mer forcées par des données atmosphériques (ex. NEMO-LIM)
  • les modèles couplés atmosphère-glace-océan (ex. CMIP5) et les interactions de la banquise avec l’atmosphère et l’océan (ex. GRISLI-MAR)
  • les processus de surface terrestre et leurs interactions avec l’atmosphère et l’océan (ex. Orchidee)
  • les prévisions à l’échelle régionale Arctique (ex. Mercator Océan). Ces prévisions sont climatiques mais évaluent aussi l’étendue de la glace et son impact sur la circulation atmosphérique (ex. MIMOSA).

La recherche française développe des centres, projets, actions et groupements fortement transdisciplinaires et trans-sectoriels. A titre non exhaustif, nous citons :

  • Le Centre Franco-Sibérien créé en 2013 est un centre de formation et de recherche pour l’étude sur l’environnement, le climat, la biosphère continentale et la société.
  • Les projets européens ACCESS (Arctic Climate Change, Economy and Society) et ARTISTICC du Belmont forum (Adaptation Research a Transdisciplinary Community and Policy Centred Approach) étudient respectivement les écosystèmes marins et les sociétés dans un contexte de changement climatique, et la bio-surveillance de la qualité des eaux côtières en Arctique. Des projets internationaux majeurs ont été pilotés par des chercheurs français (ex. DAMOCLES).
  • L’ANR CLASSIQUE (CLimat, Agriculture et Société SIbérienne – QUelle Evolution ?) implique 6 laboratoires. Ce projet a pour objectif d’appréhender les impacts des changements climatiques sur l’environnement et la société sibérienne et les rétroactions dans un effort novateur de croiser les sciences exactes et les sciences  humaines et sociales.
  • L’ANR BRISK (Linking the Scientific Knowledge on Arctic Change to That of Aboriginal Peoples: Vulnerability and Adaptation of Societies and the Environment) implique 7 laboratoires. Il élabore des méthodologies de pointe interdisciplinaires et transdisciplinaires afin d’établir des synergies entre sciences et savoirs autochtones sur les changements climatiques et globaux dans l’Arctique.
  • Le GDR « Mutations Polaires »  (3062) créé le 1er janvier 2007 est composé d’environ 60 chercheurs appartenant à l’InSHS, à l’InEE et à l’INSU du CNRS. Son programme repose sur deux opérations principalement, impliquant les sciences sociales (programme Avativut : « ce qui nous environne ») et les sciences environnementales (effets actuels du changement climatique).